Et si les animaux nous rendaient un peu plus humains…

Par Valérie Gosselin, M.Ps, psychologue et fondatrice de la Clinique Amis-Maux Inc. à Québec.

Nous avons oublié ce que les pierres, les plantes et les animaux savent toujours. Nous avons oublié comment être ; être calme, être nous-mêmes, être où la vie se trouve : ici et maintenant.

Eckhart Tolle 

Depuis ma naissance, je souffre d’une maladie incurable, la fibrose kystique. Cette maladie affecte les poumons et le système digestif et nous oblige à effectuer, quelques fois par années, des petits (et plus longs!) séjours à l’hôpital pour des traitements, des examens, etc.

À partir de l’âge de 22-23 ans, la maladie a commencé à prendre un peu plus de terrain et donc mon petit corps a nécessité de plus en plus d’examens parfois très douloureux.  Je me souviens d’un matin, lors d’une énième gastroscopie qu’on nous administrait sans antidouleurs à l’époque (ouchh!), je me suis surprise à penser à Maggie, ma chienne adorée, pour me donner du courage et de la joie de vivre dans ce moment plus pénible.  L’effet positif que la pensée de Maggie a eu sur mon état intérieur germera quelque part au fond de moi pendant plusieurs années.

Quelques années plus tard, alors que je poursuivais des études en psychologie à l’Université Laval en souhaitant être chercheure en neuropsychologie…  Jusqu’au jour où, dans le cadre d’un cours doctoral, je découvris la zoothérapie. Je me suis alors rappelée mon expérience avec Maggie et j’ai pensé que si elle avait eu cet effet si calmant sur moi, les animaux pouvaient apporter probablement beaucoup de bien à d’autres personnes qui ont à vivre des moments plus difficiles. En lisant sur le sujet, j’ai été convaincue de la pertinence de réorienter ma carrière pour ouvrir la première clinique multidisciplinaire de thérapie assistée par l’animal au Québec, soit la Clinique Amis-Maux Inc.

Après toutes ces années à observer, jour après jour, les réactions des jeunes et des moins jeunes à ces thérapies où on intègre des animaux, il apparaît évident que l’animal possède des qualités intrinsèques qui fait de lui un être qui nous apprend à vivre plus près de notre nature humaine profondément bonne.  Je comprends aussi mieux pourquoi Maggie m’a fait tant de bien à l’époque et à bien d’autres occasions après.

Les animaux nous reconnectent à notre essence pure, à l’essentiel de la vie. L’animal vit toujours dans le moment présent, dans l’amour, la joie de vivre… il vit sa vie tout simplement dans ce qu’elle a de plus pure et beau.  L’animal n’a pas de soucis pour le futur ou de remords pour le passé, il ne pense qu’à vivre ici et maintenant.  Il n’est pas encombré par son ego ou son mental trop actif.  L’animal ressemble beaucoup à l’enfant en bas âge, il a conservé toute son innocence, sa pureté, sa vraie nature. Un animal qui n’est pas ainsi est un animal qui a eu peur, a été blessé ou trop surprotégé et donc qu’il s’est éloigné pour un moment, comme certains humains, sa nature profonde.  Même Freud disait que l’enfant se sentait beaucoup plus proche de l’animal parce qu’il se reconnaissait plus en lui qu’en l’adulte stressé, mécontent et déconnecté du présent que représente les adultes actuels.

Aussi, le non-jugement de l’animal, son amour inconditionnel peu importe l’apparence que l’on a, nous rappelle la vraie façon d’aimer. Celle qui est sans attente, sans pression et non dépendante de notre conformité aux normes sociales. L’animal, par sa méconnaissance des normes de beauté, d’intelligence et de statut social instaurées par notre société, nous aime pour ce que l’on est, pour notre façon de lui apporter de l’amour et de l’attention, tout simplement.  Je me souviens avoir lu qu’une jeune femme souffrant d’anorexie s’apprêtait à aller nager avec les dauphins dans le cadre d’une thérapie assistée par ces magnifiques bêtes. Or, au moment où elle avançait sur le quai, un dauphin a sorti sa tête de l’eau et l’a regardé directement dans les yeux. Elle perçut à ce moment précis que l’animal la regardait « de l’intérieur » et ne portait aucunement attention à son enveloppe corporelle. Pour la première fois de sa vie, elle réalisa qu’elle pouvait adopter ce même regard sur elle-même et cesser de juger de sa valeur personnelle selon le reflet de son corps dans un miroir.

En thérapie, ces qualités que possède l’animal nous aident beaucoup à mieux entrer en contact et à établir un lien de confiance plus rapidement. En effet, il a été rapporté dans des études que les personnes accompagnées d’un animal se voyaient attribuer les mêmes qualités « humaines » que l’animal.  Ainsi, lorsqu’une psychologue arrive dans son bureau accompagné de notre nouveau chiot  Yorkshire Dorothée, le client va, bien inconsciemment, penser que la psychologue doit être gentille, non-menaçante, non-jugeante, facile d’approche, chaleureuse, etc.  Imaginez alors combien cette perception nous facilite l’établissement du lien de confiance avec notre client, étape cruciale pour l’efficacité d’une thérapie.

En conclusion, je nous conseille, chaque jour si vous le pouvez, de prendre quelques minutes de votre temps pour observer un animal jouer, se coller, être heureux de vivre, d’aimer et d’être aimé ici et maintenant tout simplement.  Tentez ensuite de vous imprégner de son attitude, de percevoir votre moment présent comme eux, de retrouver votre cœur d’enfant, votre joie de vivre et votre spontanéité. Aussi, personnellement, lorsque j’ai tendance à vouloir juger une personne, je me dis souvent : « Regarde cette personne avec les yeux de Dorothée, i.e. en empruntant ses lunettes de non-jugement et d’amour envers cette personne qui ne demande qu’à être aimée et non-jugée elle aussi ». Cette attitude, qui fonctionne vraiment, m’aide à être plus sereine, calme et tolérante envers certaines personnes.

Sur ce, je tiens à remercier toutes nos petites bêtes de nous aider à retrouver, chaque jour, notre essence et notre humanité…  Merci pour ces indispensables leçons de sagesse et d’amour.  Grâce à vous, le monde est beaucoup plus lumineux.

Par Valérie Gosselin, M.Ps, psychologue et fondatrice de la Clinique Amis-Maux Inc. à Québec.

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Comment

  1. Valérie, tu n’as pas été la seule à pouvoir profiter des bienfaits de Maggie, moi aussi j’ai pu en bénéficier pour quelques mois. Pendant que tu te trouvais à l’hôpital il y a quelques années, elle a continué son bon travail (elle ne voulait rien savoir d’être sur le chômage hihi) avec moi. En effet, comme j’amorçais ma vie active après la fin de mes études, je vivais beaucoup de stress en lien avec les employeurs qui ne rappellent pas rapidement et le questionnement sur mes compétences professionnelles. Je me mettais alors à penser à Maggie, à sa p’tite face affectueuse et à sa joie de me revoir quand je revenais à la maison. Elle m’attendait dans l’entrée, elle tournoyait sur elle-même quand elle m’apercevait, sans jamais t’oublier et attendre ton retour. J’ai eu beaucoup de peine quand elle est partie te retrouver, mais je savais que ce n’était que pour continuer sa mission avec toi, que je n’avais été que temporaire, afin qu’elle ne perde la main pendant ton absence.
    Elle m’a donc aidé à gérer mon stress pendant mon adaptation à une nouvelle carrière et je l’en remercierai toujours pour cela. Je suis impatience à mon tour d’avoir mon propre chien, afin de revivre ses moments de calme et de simplicité que Maggie savait si bien me prodiguer.