Un point de vue sur la stérilisation

Par Marine Cassoret, Contenu exclusif écrit pour Humanimalité, Mars 2014

“Hey la Française, ton chien n’est pas castré?”

C’est une blague qui m’est souvent revenue. Effectivement, mon chien, un Malamute, n’était pas castré. Du moins, jusqu’à il y a 18 mois, où des problèmes au niveau de la prostate ont émergé et que le premier plan d’action impliquait une castration afin de limiter l’inflammation.

Le fait est que Neo a vécu 10 ans intact avant de passer dans le camp des eunuques. La raison? Je le sortais en exposition à l’époque ou nous vivions aux États-Unis, et oui, j’avoue! J’ai nourri l’idée de le faire reproduire au moins une fois.

C’est là que mon point de vue diffère de beaucoup qui souhaitent faire “reproduire leur chien au moins une fois”, “Pour qu’ils fassent l’expérience”.

Le titre d’éleveur, ça se gagne, et ça coûte cher. Très cher.

Alignez le coût d’un chiot de bonne lignée, les soins apportés à celui-ci, les titres de champion de conformité au standard qui impliquent beaucoup de temps passé en exposition (frais d’inscriptions, déplacement, hôtel), les titres de travail qui entraînent tout autant de voyages coûteux (et des heures d’entraînement, selon la discipline), les soins vétérinaires, les examens de contrôle requis avant la reproduction (certification des hanches, des coudes, et j’en passe). Je passe, si vous avez une chienne, des soins liés à la portée : l’alimentation, les vermifuges, les vaccinations ; des ravages que peut faire une portée à la décoration de votre maison, du temps passé à sélectionner les bons acheteurs. Vous voulez le titre de “BON” éleveur? Ajoutez à cela que vous serez responsable, comme dirait le Petit Prince, de ce que vous apprivoisez, et que vous exigerez que les chiots de cette portée vous reviennent, si les maîtres ne peuvent les garder. Avez-vous la place d’en récupérer trois ou quatre ?

Élever un chien correctement est une activité déficitaire.

Ceux qui arrivent à faire une marge ont coupé les dépenses quelque part, et les conséquences sont généralement assumées par les acquéreurs, et les chiots. Travaillant en clinique, je fais face à ces conséquences quotidiennement, des maladies chroniques aux troubles comportementaux qui ravagent la relation entre les maîtres et leur chien. Des demandes d’euthanasie de convenance pour cause de surplus. Vous voulez faire reproduire votre chienne ? Passez quelques temps en refuge, voyez les chiens « race pure » qui y sont abandonnés, faute d’avoir été retournés à « l’éleveur ».

Alors oui j’ai attendu longtemps, car non seulement j’attendais que Neo finisse sa croissance, mais j’étais tout autant concernée par ses qualités physiques que son tempérament, et le caractère, ça met du temps à se faire. Un cauchemar les 3 premières années, et comme tous les grands crus, un chien qui prenant de l’âge s’est révélé un caractère exceptionnel.

Et le caractère, justement ? Ne dit-on pas qu’un chien castré est plus facile ? Effectivement, cela vous évitera des bagarres, et des fugues, où 7000 dollars de clôture de 6 pieds de haut, pour éviter qu’un appel de chienne en chaleur devienne plus fort que l’idée d’un après-midi passé au soleil sur la terrasse. Et que la fugue se termine à la fourrière ou au pire, dans un fossé. Je l’ai constaté même sur un chien de dix ans, son attitude envers les chiens s’est modifiée, et les autres chiens se comportent différemment avec lui. Les hormones absentes, Neo a perdu son statut d’adversaire digne de ce nom. Son ego ne semble pas en avoir souffert.

J’ai attendu trop longtemps, puisque Neo a été castré avant même de pouvoir reproduire une seule fois. Je l’assume ! Loin du rêve de faire cloner mon chien, il me sera plus facile, le jour venu, d’aller chercher un chiot issu des mêmes lignées. L’éleveur a une liste d’attente et ne produit que lorsque celle-ci est supérieure au nombre de chiots pouvant potentiellement naître. L’attente le vaut.

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