Le « Syndrome du chat caressé mordeur »

Par Anne-Lise Paul, TSA, Comportementaliste canin et félin
Tous les amoureux des chats vous le diront, le chat intrigue autant qu’il fascine, et pour cause : ses comportements sont souvent très mal compris et interprétés. Prenons par exemple l’un des comportements qui déroute énormément les propriétaires de chat, le « syndrome du chat caressé mordeur ». En réalité, il ne s’agit pas d’un syndrome pathologique mais d’une expression courante pour désigner un comportement fréquent chez le chat domestique : celui de mordre la personne qui le caresse. Voyons cela d’un peu plus près.

La tolérance au toucher

Le chat possède une sensibilité tactile bien différente de l’être humain, ce qui explique en grande partie ce comportement. En effet, si les chats semblent rechercher le contact avec l’humain (et non forcément les caresses), ils vont très souvent accepter de se faire toucher, mais jusqu’à un certain point. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce qui crée à l’origine du plaisir (le contact via les caresses), crée très progressivement du déplaisir et va même jusqu’à créer une sensation de douleur. En réponse à cette sensation désagréable voir douloureuse, le chat va émettre des signaux dont le but est de distancer « l’agresseur » (ici l’humain), et surtout de le faire arrêter ce comportement. Hors bien souvent, ces signaux subtils ne sont pas toujours évidents à déceler. C’est en voulant prolonger un contact via des caresses répétées et soutenues, que le propriétaire se fait mordre. Pour autant, ce n’est pas une fatalité car il suffit de reconnaître les signaux émis par le chat, afin d’ajuster les contacts en conséquence, pour le bien-être des deux parties !

Principaux signaux émis par le chat pour exprimer son mécontentement :

  • oreilles orientées vers l’arrière
  • pupilles dilatées
  • poils hérissés
  • contraction, raideur et crispation du corps
  • queue qui fouette dans les airs

Savez-vous que ?

Un chat qui vient se frotter sur les jambes de son propriétaire, dépose des phéromones « d’identification », qui ont pour but de faciliter la cohésion sociale en assurant  la reconnaissance des individus d’un même groupe. Il s’agit d’allomarquage social, et non de caresses.

Une sensibilité tactile accrue

Pour les besoins de la chasse, le chat est équipé de capteurs ultra-sensibles, qui se trouvent à plusieurs niveaux : près des moustaches, à l’angle de la mâchoire, au dessus des yeux et sous les oreilles, ainsi qu’à l’arrière des poignets. Ces senseurs, appelés vibrisses, ont une sensibilité extrêmement accrue à la moindre pression et au moindre courant d’air. Un simple objet de 2 mg est suffisant pour exercer une pression ressentie par le chat. De plus, certaines zones, comme le ventre, le dos et surtout la base de la queue, sont particulièrement sensibles au toucher. Si la tolérance au contact varie d’un individu à l’autre en fonction des préférences individuelles et des expériences passées, des zones comme les joues, le cou ou les flancs sont des endroits plus propices au contact. En outre, le chat les utilise déjà naturellement pour faire du marquage social.

Astuce : Afin d’habituer le chat à être caressé, brossez le régulièrement, en commençant par de très courtes séances de quelques secondes, une à deux fois par jour, lors des repas, puis augmentez progressivement la durée. Veillez toujours à arrêter avant la fin du repas, ou dès que le chat commence à montrer le moindre signe de recul ou d’inconfort.

Comment faire pour qu’un chat aime être brossé ?

Naturellement, le chat n’est pas un animal de groupe même s’il est capable de fonctionner au sein d’une communauté de chats ou d’une famille humaine. Le chat assure donc lui-même en majorité son toilettage (« auto-grooming »), même si certains chats se toilettent mutuellement (« allo-grooming »). Suivant la sensibilité tactile du chat, il est très probable que plusieurs refusent la brosse.  Dans ce cas, une introduction progressive est nécessaire et doit se faire en associant positivement la brosse à quelque chose d’agréable : nourriture, jeu, gâteries.

Mémo : Ne forcez jamais un chat à être caressé, que ce soit en le tenant ou en le portant. En plus de risquer de vous faire mordre, vous risquez de faire mal au chat et de briser le lien de confiance établi.

Quizz :

  • Un chat qui monte sur les genoux veut systématiquement avoir des caresses ? Faux, la majorité des chats se couchent sur les genoux de leurs propriétaires, car c’est un endroit chaud, sécuritaire (en hauteur) et confortable. Il ne faut pas confondre, besoin de contact social et besoin de caresses.
  • Un chat qui ronronne lorsqu’on le caresse est forcément content ? Faux, le ronronnement a plusieurs significations, et pas uniquement l’expression du plaisir. Cela peut être aussi l’expression du déplaisir ou du stress.
  • Peut-on transmettre de l’électricité statique au chat en le caressant ? Oui, et cela risque d’amplifier la sensation désagréable du toucher.

Anne-Lise Paul, TSA, Comportementaliste canin et félin
www.azca.ca

Références :
 « Tout sur la psychologie du chat » Nouvelle Édition, Joël Dehasse, 2008

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Comments

  1. J’ai bien aimé vos conseils, mais il y a une chose qui n’a pas été parlé. J’ai 5 chats et une d’entre eux, vient sur mes genoux et me piétine avec ses pattes de devant. Et je dois la caresser. Une autre fait la même chose mais dons mon lit mais cette fois-ci elle prend un bout de couverture dans sa gueule et piétine. Que peut signifier ce
    piétienement.

    Merci

  2. Wow! Très intéressant. Je connaissais certains faits, mais pas de la teneur de la sensibilité des chats à notre contact. J’adore les chats, j’en ai 2 et j’en aurais 30!! Je vais mieux les comprendre. Merci pour ces informations.

  3. Wow, super intéressant. Merci !